Diego Fasolis

ENTRETIEN

Organiste, chef d’orchestre et chef de chœur, connu comme l’un des interprètes de référence pour la musique historiquement informée, vous serez complètement dans votre élément lors du concert de notre série baroque à Beaulieu, le 6 décembre ! L’Oratorio de Noël et les cantates de Bach avec l’Ensemble Vocal de Lausanne…ce programme vous est très familier ?

Je nourris depuis toujours une passion viscérale pour Johann Sebastian Bach qui fait partie des compositeurs qui m’ont le plus inspiré, que ce soit en musique ou dans la vie. Durant toute ma vie, je me suis consacré à l’étude et à l’interprétation de la musique vocale, écrite pour solistes et chœurs, des répertoires opératique et symphonique.

Je me sens chez moi là où les êtres humains unissent leurs forces pour se dépasser et contempler ce monde malade avec passion et un esprit compatissant. Peu d’œuvres peuvent se mesurer à l’Oratorio de Noël de Bach.

 

Ce concert va connaître une mini « tournée » en Suisse romande : après le Théâtre de Beaulieu, il sera donné au Victoria Hall de Genève puis à la fondation Gianadda à Martigny. Comment comptez-vous vous adapter à ces lieux très différents ? Est-ce fatiguant de diriger trois soirs d’affilée le même programme ?

Durant ces trois concerts, nous aurons des acoustiques et des environnements différents, et c’est l’engagement de tous qui pourra créer à chaque fois un moment unique qui tient compte des spécificités de la salle et aussi du public. À ce stade de ma vie, entré dans le troisième âge et après avoir appris près de 600 nouveaux programmes en trente ans de direction musicale à la Radiotélévision Suisse et dans le monde, je commence à ressentir de la fatigue. Diriger trois concerts en trois soirées avec des œuvres différentes est un travail plus éprouvant que celui de peaufiner, chaque soir, l’interprétation d’un même programme.

Vous avez souvent dirigé l’OCL dans des opéras mais une seule fois en concert (2005 – les Quatre saisons de Vivaldi au Victoria Hall). En quoi le travail est-il différent ? Avez-vous une préférence ?

C’est très étrange pour moi d’avoir dirigé partout dans le monde et d’être rarement sollicité dans mon propre pays. Lausanne est une belle exception et je suis heureux, après tant d’années, de pouvoir à nouveau me produire dans des lieux autres que l’Opéra où le Directeur Eric Vigié m’a régulièrement invité pendant de nombreuses d’années.

Que diriez-vous aux spectateurs pour leur donner envie de venir écouter le concert ?

Il s’agit sans doute de l’une des œuvres les plus grandioses, fascinantes et émouvantes jamais conçues par l’esprit humain, exécutée par des personnes enthousiastes, un chœur, un orchestre et des solistes de renommée internationale, sans oublier Diego… surnommé dans ma région “Le Bach de Lugano”. Mais surtout, notre concert est porteur d’espoir et de confiance, car capable de dégager une énergie messianique dont le monde a cruellement besoin. Être ensemble, en paix à travers l’Art.

QUESTION D’UN(E) ÉTUDIANT(E) DE L’HEMU

Quels points communs et quelles différences y a t-il entre la direction d’un orchestre et celle d’un ensemble vocal ?

Il y a une différence fondamentale entre ces deux directions qui provient de l’expérience personnelle de faire de la musique. Le chanteur, lorsqu’il chante, a une source sonore à l’intérieur de son corps qui ne lui permet pas une écoute “objective” et détachée. C’est pourquoi le chanteur, surtout dans un chœur, a tendance à accorder sa confiance à celui qui dirige. Quant au musicien d’orchestre, il place sa confiance uniquement en des cheffes ou des chefs qu’il estime compétents, efficaces et respectueux. Mais c’est rare de trouver un vrai esprit d’équipe, capable de dépasser les compétences individuelles pour atteindre une extase commune. C’est plus fréquent pour un chœur.

QUESTION DU PUBLIC

Combien de fois l’orchestre au complet répète-t-il avec le chef ? Comment optimisez-vous ce temps pour faire passer votre vision avec tant de personnes sur scène (orchestre, chœur et chanteurs) ?

Pour moi, le seul vrai avantage de vieillir réside dans la capacité d’atteindre le résultat escompté sans perdre de temps. Après tant d’années, je sais comment aller à l’essentiel et surtout, je suis capable de ne pas dire ou faire des choses inutiles. Lire et répéter de façon approfondie le morceau d’un programme demande un nombre d’heures adaptées aux compétences de chacun. Il est nécessaire d’avoir du temps pour pouvoir se concentrer sur les particularités et les difficultés de chacun. Un planning de répétitions détaillé évitant si possible aux artistes de rester longtemps immobiles alors que leur présence n’est pas requise, est toujours apprécié. Il est également important de faire comprendre aux artistes les choix interprétatifs. Mieux encore, il s’agit de transmettre, grâce à notre propre l’énergie, des messages profonds. Pour les concerts de décembre, nous cherchons le miracle en trois jours de répétitions.