Nouvelle parution discographique

Le dernier disque de l’OCL, consacré aux Symphonies de chambre op. 73a et 83a de Chostakovitch, vient de paraître chez Fuga Libera (Outhere Music). Il s’agit des versions arrangées par Rudolf Barshai des Quatuors à cordes n°3 et n°4. Barshai, qui fut l’un des meilleures altistes de son temps, était un ami de Chostakovitch et leur collaboration fut longue et intense. Ces arrangements pour orchestre de chambre de ces célèbres quatuors proposent une lecture complètement différente des oeuvres initiales et ont été salués par Chostakovich lui-même, qui aurait dit à propos de l’un d’entre eux qu’il « sonnait mieux que l’original ». En complément des deux pièces, Joshua Weilerstein explique sa vision des oeuvres dans un bonus de quelques minutes.


UNE VICTOIRE MORALE

 » La musique de Chostakovitch a toujours été liée à l’histoire de sa vie en Russie soviétique. Toute appréciation en a toujours été teintée par ses deux dénonciations, la perte de nombreux amis et l’oppression que subirent ses compatriotes et lui-même. Il existe des histoires profondément émouvantes à raconter au sujet des oeuvres de cet enregistrement. (…)

Ces pièces n’étaient pas forcément destinées à être entendues d’un large public ; les arrangements des quatuors par Rudolf Barshai pour un ensemble plus large trouvent le moyen de les conserver profondément intimes et personnelles. Ces arrangements donnent aux oeuvres une ampleur et une portée plus larges tout en respectant le contexte dans lequel elles ont été écrites. (…)

Dans l’ensemble, il me semble que Chostakovitch aurait considéré le fait que ces pièces soient enregistrées comme une victoire morale, sans parler de la réalisation d’un arrangement orchestral. Ce sont de puissantes oeuvres de protestation, privées alors, publiques aujourd’hui. En 2020, à une époque où l’antisémitisme et l’ethnonationalisme sont en recrudescence partout dans le monde, elles permettent de se rappeler le courage dont Chostakovitch fit preuve pour coucher ces oeuvres sur papier. »

Joshua Weilerstein